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@ Vincent Kohler Vintage Drums Ensemble, batterie, peinture, montagne, sculpture

Vintage Drums Ensemble

Sculpture 2004
Huile sur peau de batterie

« Metallica vs Eiger »

Par Olivier Kaeser

La guitare électrique est incontestablement le symbole majeur du rock’n’roll, de son esprit comme de son esthétique. Elle est l’objet qui prolonge le corps du rocker, elle est source et support des postures les plus extravagantes et des excès les plus éculés. Si la batterie fait tout autant partie des attributs du rock, son statut est toutefois bien différent. En effet, dans le dispositif scénique, elle s’impose comme l’objet dominant. Elle est l’instrument le plus volumineux, le plus spectaculaire – même sans musicien -, souvent placé sur un socle ou une mini scène, et ses fûts et ses chromes scintillent sous les projecteurs. La batterie est une sculpture en soi, un objet de fantasmes et de fierté, qui est d’autant plus précieux et unique qu’il est personnalisé, à l’image des carrosseries de voitures ou de motos ornées de motifs de flammes, ou de celles des camions peints de paysages légendaires de l’ouest américain. Ces peintures, métallisées, sont toujours encadrées par les fameux chromes éclatants, indispensables à la customisation complète de l’objet fétiche à qui son propriétaire s’identifie complètement.

Avec sa sculpture « Vintage Drums Ensemble », Vincent Kohler revisite ce procédé en associant deux éléments apparemment éloignés : la batterie – l’objet – et la montagne – sa représentation. Aux clichés de l’esthétique du road movie américain rêvés par des motards ou des rockers urbains, il répond avec le geste tout aussi kitsch de peindre des montagnes sur la peau des fûts d’une batterie, rendant celle-ci inutilisable. Le rock ferait-il partie de la culture montagnarde ? Sa dénomination n’est pas innocente : le rock emprunte son nom au matériau de la montagne, lui volant au passage une part de son aspect indomptable. Les nombreux festivals rock qui ont fleuri ces dernières décennies sur des sites alpestres voulaient-ils rendre hommage à cette source éventuelle d’une culture rebelle et électrique ? Par ailleurs, on peut aussi considérer que les penchants des groupes de heavy metal pour des références sataniques trouvent un écho dans les légendes impliquant des diables qui hantent plusieurs vallées alpines. Mais c’est dans la production de sons que la batterie rock et la montagne séculaire pourraient véritablement jouer de concert. A l’heure ou les compositeurs électroniques créent des musiques à partir de bruits d’insectes ou de plantes, Vincent Kohler inciterait-il le batteur de Metallica, ou tout autre cogneur en furie, à défier les roulements tonitruants de l’Eiger une nuit d’orage ?

Dimensions 300 x 200 x 200 cm
Collection Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne
Crédit photo Nora Rupp, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne